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Les centres d’art contemporain : un modèle possible pour un avenir durable

Impromptus, dans le cadre de l’exposition d’Yves Chaudouët, La Table gronde, La Criée centre d’art contemporain, Rennes, 2015 © Benoît Mauras

Parmi les toutes premières réouvertures d’expositions en France, plusieurs ont lieu dans les centres d’art contemporain. Le paysage est contrasté et la reprise progressive après deux mois de fermeture au public, d’exposition en suspens, d’ateliers de production à l’arrêt, de résidences sans artistes. Si la crise actuelle révèle avec brutalité la réalité de la situation dans nos structures, elle offre également l’occasion de réaffirmer nos engagements, nos convictions et nos désirs d’un « après » plus solidaire et audacieux, au bénéfice des artistes et des citoyen·ne·s d’aujourd’hui et de demain.

Installés sur l’ensemble du territoire national, les 47 centres d’art contemporain membres de d.c.a / Association française de développement des centres d’art contemporain, constituent un réseau de structures labellisées, conventionnées ou accompagnées par le Ministère de la Culture et largement financées par les collectivités territoriales. Porteurs de missions d’intérêt général comme le soutien à la recherche et à la création, la production et l’expérimentation, l’éducation artistique et culturelle, les centres d’art constituent des plateformes de dialogue entre les artistes et une grande diversité de publics, et sont aujourd’hui fortement secoués par une crise sanitaire qui rend encore plus criantes les profondes inégalités sociales et territoriales auxquelles le monde de l’art n’échappe pas.

En cohérence avec la Charte des bonnes pratiques qu’ils ont adoptée en 2019, tous les centres d’art du réseau ont tenu, dès le début de la crise, à maintenir les rémunérations prévues pour les artistes et les travailleur·euses indépendant·es avec lesquel·les ils étaient engagés – artistes, critiques d’art, commissaires, graphistes, scénographes, technicien·nes, entre autres, très durement impacté·es par les massives annulations et reports de projets et d’expositions à court et moyen terme. Les mesures gouvernementales d’urgence prises en faveur des artistes et des indépendant·e·s sont bienvenues et nécessaires mais très insuffisantes tant la précarité de l’écosystème artistique est grande.

Les Schémas d’Orientation pour le Développement des Arts Visuels (SODAVI), vastes concertations organisées ces dernières années par le Ministère de la Culture sur tous les territoires ont pourtant démontré la capacité des acteurs à imaginer des dispositifs de soutien adaptés à cette économie de la création des arts visuels sans remettre en question la chaîne de valeurs propre à leurs activités.

Il nous semble qu’il est également urgent de réaffirmer que la culture dans notre pays, notre bien commun, doit rester une compétence partagée par tous les exécutifs : communes, intercommunalités, métropoles, départements, régions avec l’Etat en garant de l’équité territoriale.

Les centres d‘art contemporain prennent la mesure des bouleversements présents et à venir et de la nécessité de soulever avec l’ensemble des acteurs de l’art contemporain, et les artistes en premier lieu, toutes les questions qui s’imposent, sans opposer la culture aux secteurs dits de première nécessité de notre société tels que ceux de la santé, du soin, du service à la personne ou de l’alimentation sur lesquels le monde confiné s’est reposé. Articuler l’art à la société fait partie de l’ADN des centres d‘art contemporain. C’est pourquoi d.c.a a initié en son sein une série d’ateliers de réflexion pour dresser un premier constat et esquisser le futur.

Comment les centres d’art peuvent-ils contribuer à faire évoluer l’organisation économique du secteur des arts visuels très faiblement doté au regard des industries culturelles dont il ne partage ni les logiques, ni les ambitions ? Comment, au-delà de l’impérative sanctuarisation des financements publics, assurer une digne rémunération aux artistes et aux professionnel·le·s de l’art, qui agissent quotidiennement sur le terrain, dans une intense proximité avec les publics, et qui exercent encore leurs missions dans un inconfort général ? Comment continuer à soutenir la diversité des esthétiques de la scène artistique française ? Comment valoriser et faire reconnaître une écologie de l’attention plutôt que du divertissement, une politique du lien plutôt que de l’animation ? Comment renouer avec les publics et l’expérience des œuvres physiques quand la distanciation sociale est une règle de survie ? Comment assurer une présence numérique qui dépasse les seuls enjeux de communication quand ces deux mois de télétravail improvisé ont fait apparaître le sous équipement technologique de la plupart des centres d’art contemporain ? Comment repenser une ouverture au monde qui résiste tant à la puissance de la globalisation qu’au piège du repli sur soi ?

La « réinvention de soi » à laquelle on nous invite ne veut pas dire faire table-rase du passé. Au contraire, le modèle de structures culturelles, à taille humaine, agissantes dans leur lieu mais pensant avec le monde, qu’incarnent depuis près de 40 ans les centres d’art contemporain membres de d.c.a, révèle aujourd’hui toute sa pertinence et son agilité à dessiner un horizon durable. Tâchons collectivement d’en prendre soin et continuons de nous en inspirer !

Les membres du Conseil d’administration de d.c.a
 

📃  Communiqué du Conseil d’administration de d.c.a à retrouver : ICI

d.c.a

Qui est d.c.a ?

Créé en 1992, d.c.a est un réseau national, qui rassemble 47 centres d’art contemporain répartis sur l’ensemble du territoire français. Soutenu par le Ministère de la Culture, d.c.a est l’un des réseaux de référence, acteur de la politique culturelle française assurant un maillage du territoire national, au service de l’accès à la culture et à la création.Engagés sur la place des femmes au sein de leurs programmations, les centres d’art contemporain ont consacré ces dernières années en moyenne 40% de leurs expositions à des artistes femmes et ont accueilli 50% d’artistes femmes en résidence de création.